L Btissam Drissi
Lab/UFR Physique des Hautes Energies
Faculté des Sciences Rabat,
D’après les connaissances actuelles,
les neutrinos sont nés il y a environ 15 milliards d’années,
peu après la naissance de l’univers. Depuis, l’univers
n’a cessé de s’étendre, de se refroidir
et les neutrinos ont fait de même. En plus de ces neutrinos
qui sont les plus anciens, d’autres nous parviennent en grande
quantité du Soleil, des explosions d'étoiles (supernova)
ainsi que des centrales nucléaires où une bonne partie
des combustibles qui produisent l'énergie sont utilisés
par les neutrinos.
Mais en fait, l'existence des neutrinos n’a été
postulée que dans les années trente par Pauli. Ces
particules de spin 1/2 et de masse nulle ont permis de résoudre
les problèmes de la désintégration beta. Leur
étude expérimentale a commencé dans les années
cinquante et se poursuit encore de nos jours. Cette longévité
en physique des particules expérimentale est liée
à leur détection difficile et aux énigmes qu'ils
présentent.
De la désintégration bêta au neutrino
Après la découverte de la radioactivité en
montrant que l'uranium émet des rayonnements inconnus jusqu'alors.
Les physiciens purent distinguer trois types de rayonnements par
la suite. L'un d'entre eux, le rayonnement bêta, fut identifié
à l'émission d'électrons par certaines substances
radioactives. Après la découverte du noyau atomique,
on expliqua l'origine des rayonnements par une transformation, une
transmutation d'un noyau instable possédant beaucoup d'énergie
en un autre plus stable possédant moins d'énergie.
L'énergie ne pouvant disparaître, la différence
d'énergie entre le noyau père et le noyau fils, toujours
la même, devait nécessairement se trouver dans le «
rayonnement » émis lors de la transmutation. Par conséquent,
on s'attendait à ce que ce rayonnement possède toujours
la même énergie, celle correspondant justement à
la différence d'énergie entre les noyaux père
et fils. Mais contrairement aux attentes, on constate en 1914 que
les électrons « bêta » issus d'une même
source radioactive ne possèdent pas toujours la même
énergie !
Ainsi la question suivante avait persisté :
Comment l'électron pouvait-il posséder parfois beaucoup
d'énergie, d'autres fois nettement moins, alors qu'il était
censé emporter avec lui la totalité de la différence
d'énergie entre les noyaux père et fils ? Fallait-il
abandonner la loi de conservation de l'énergie ?
Non, fut la bonne réponse déclarée alors, puisque
l'électron sort du noyau avec un compagnon non détecté.
Pour W. Pauli, l'énergie totale libérée par
le noyau n'est donc pas entièrement emportée par l'électron
mais plutot elle est partagée entre deux particules : l'électron
et une particule fantôme hypothétique dans le temps,
qui fut baptisée « le neutrino ».
Les caractéristique des neutrinos
Les neutrinos sont des particules élémentaires
appartenant au modèle standard. Ce dernier est depuis les
années soixante-dix un cadre théorique qui décrit
les particules élémentaires et leurs interactions.
Celles-ci se repartissent en deux catégories, les particules
de matière ou fermions et les particules de force ou bosons.
Cette distinction étant liée à leur spin (ou
moment cinétique intrinsèque).
Ayant un spin demi-entier, les neutrinos font partie de la première
catégorie. Plus particulièrement, ils appartiennent
à la famille des leptons c’est a dire qu’ils
ne subissent pas l’interaction forte qui assure la cohésion
des noyaux des atomes, mais plutôt ils interagissent avec
la matière via un autre type de force. Par ailleurs, cette
famille est constituée de particules chargées (électron,
muon, tau) auxquelles sont associées d’autres neutres
qui ne sont autres que les neutinos, et qui existent en trois sortes
ou, comme le disent les physiciens des particules, trois «
saveurs » : le neutrino électronique ue, le neutrino
muonique um, et le neutrino tauique ut. D’autre part, dépourvus
de leurs charges électriques, les neutrinos n'interagissent
avec la matière que par interaction faible. Par conséquent,
cette faiblesse attribue aux neutrinos la propriété
de rendre la matière presque transparente à leur égard.
D’ailleurs, un neutrino d'un GeV (1 milliard d'électron-Volts)
n'a environ qu'une chance sur 10 millions d'interagir en traversant
la Terre. La probabilité d'interaction des neutrinos avec
la matière croît avec l'énergie et les neutrinos
produits lors du big- bang ont maintenant une énergie de
l'ordre de 10-4 eV ; dans un univers fictif, homogène, de
densité égale à la densité moyenne attribuée
à l'Univers actuel (environ 10-7 proton par cm3), cette particule
voyagerait 1032... années-lumière ! On comprend ainsi
que les neutrinos produits lors du big-bang demeurent encore pour
longtemps indécelables. Notons aussi que des milliards de
neutrinos passent au travers de notre corps chaque seconde, mais
seulement un ou deux neutrinos, de plus haute énergie, seront
diffusés par notre corps durant notre vie toute entière.
Les énigmes liées au neutrino
Malgré les nombreuses expériences réalisées
sur le sujet et en dépit des investissements réalisés
à son égard, cette particule énigmatique qu’est
le neutrino reste toujours aussi mystérieuse. En effet, plusieurs
questions semblent ne pas trouver encore de réponses.
· Les neutrinos possèdent-ils une masse ?
Le principal problème posé par les neutrinos est de
déterminer s'ils possèdent une masse surtout que les
neutrinos dominent la masse totale de l'univers même si leur
masse individuelle est estimée être très petite.
Donc, le destin de l'univers dépend de la masse du neutrino.
Au sein du modèle standard leur masse est nulle mais rien
ne permet de l’affirmer. C’est pourquoi, depuis leur
mise en évidence expérimentale la recherche de la
masse des neutrinos est l’une des principales préoccupations
des physiciens des particules.
Cependant aucune expérience n’a encore aboutit et tout
ce que l’on est en mesure de donner c’est des majorations
de cette masse sans pouvoir préciser si ils sont massifs
ou non .
· Le déficit de neutrinos solaires
Il est connu avec certitude que les neutrinos en provenance de notre
soleil sont beaucoup moins nombreux que prévu. La théorie,
qui rend compte par ailleurs avec une remarquable précision
du fonctionnement du soleil, prévoit environ 64 milliards
de neutrinos par seconde et par cm2, sur terre. Les détecteurs
n'en observent pas plus de 40 milliards. Où sont passé
les neutrinos manquant?
Les observations des neutrinos solaires et atmosphériques
ont confirmé qu'au cours de son voyage, un neutrino pouvait
changer son identité avec ses deux « frères
jumeaux » ou autrement dit avec les deux autres neutrinos
de saveurs muonique et tauique. Le fait que les neutrinos changent
de saveur périodiquement au cours de leur voyage à
travers l'espace, phénomène que l'on désigne
sous le nom « d'oscillation », conforte les physiciens
dans l'idée que les neutrinos ont une masse. En effet, l'observation
des oscillations a pu révéler les différences
de masse entre les neutrinos. Ainsi, cette oscillation entre familles
de neutrinos qui permettrait d'expliquer le déficit observé
dans le flux de neutrinos en provenance du soleil pourrait aussi
être une excellente signature expérimentale de la masse
des neutrinos. De nombreuses expériences auprès des
réacteurs nucléaires ou des accélérateurs
de particules ont tenté cette voie depuis plus de 20 ans,
en vain jusqu’à présent.
Le déficit en neutrinos solaires est maintenant un fait établit,
si les neutrinos sont massifs leur oscillation peut expliquer ce
phénomène observé, si par contre il s’avère
que les neutrinos ne sont pas massifs il faudra certainement revoir
toutes nos théories qui expliquent le fonctionnement du soleil.
Les enjeux sont donc considérables.
3. Les neutrinos possèdent-ils un moment magnétique?
Le moment magnétique est une quantité mesurable représentant
le spin de la particule(c’est à dire le moment cinétique
intrinsèque). Ce dernier est relié à la vitesse
de rotation de la particule sur elle-même. Bien que des limites
sur le moment magnétique du neutrino sont obtenues indirectement
à partir des mesures auprès des accélérateurs
de particules ou par des considérations d'astrophysique.
Cependant rien ne permet encore de dire si les neutrinos possèdent
ou non un moment magnétique.
4. Le problème de la matière noire dans l’univers
Depuis plus de 20 ans, un phénomène
intrigue les astrophysiciens celui de la matière noire dans
l’univers. Les mesures de la vitesse de rotation des étoiles
dans les galaxies ont donne des résultats inattendus. Les
étoiles à la périphérie des galaxies
tournent plus vite que prévu. On mit parfois en doute la
loi de la gravitation, on tenta d'inventer une hypothétique
cinquième force... rien ne parvint à expliquer simplement
cette vitesse trop élevée. Une autre explication est
qu'il existe de la matière invisible, ou matière noire,
orbitant autour et dans les galaxies et que l'on ne détecte
qu'à travers ses effets gravitationnels. Si le neutrino était
massif, il serait un bon candidat à la matière noire,
car il remplit l'univers à raison de 330 neutrinos par cm3.
En effet si la masse moyenne des neutrinos était de 10 eV
alors la densité de l’univers atteindrait juste la
densité critique pour laquelle son expansion est infinie
dans le temps mais tend vers une vitesse nulle.
5-Le mystère des rayons cosmiques de très haute énergie
Depuis une trentaine d’années, un phénomène,
dont la source est encore inconnue et que l'on nomme les rayons
cosmiques, garde son mystère. Les rayons cosmiques de grande
énergie sont des particules venues de l'univers et qui créent
une immense gerbe de particules (pions, kaons, muons, électrons,
neutrinos, photons...) en percutant notre atmosphère. Certains
des rayons cosmiques détectés ont plus d’énergie
qu'une balle de tennis au service, soit environ une dizaine de Joules.
Cela fait beaucoup pour une seule particule. Si la particule devenait
une balle de tennis, elle aurait alors une énergie 10 fois
l’énergie que rayonne le soleil tout entier a chaque
seconde. A l'heure actuelle, aucun phénomène cosmique
connu n'est capable d’accélérer des particules
jusqu’à de telles énergies. Certains physiciens
pensent que ces particules de très haute énergie pourraient
être des neutrinos. Mais d’où viennent-elles
et comment font-elles pour avoir une telle énergie ?
Mystère.
En définitive il faut noter que la physique du neutrino ne
consiste pas seulement à mesurer les paramètres essentiels
encore inconnus dans la physique des particules, mais joue aussi
un rôle fondamental dans le développement spectaculaire
des autres branches de la physique.