Hanane Sebbata
Faculté des Sciences de Rabat,
e-mail han.seb@caramail.com
De tous les phénomènes astronomiques, celui des
trous noirs est sans doute le plus fascinant. Tout le monde en
a sûrement entendu parler, mais peu de personnes ne savent
vraiment de quoi il en retourne.
Ce concept remonte à 1796 lorsque le marquis français
Pierre Simon de Laplace, mathématicien, philosophe et astronome
passionné par la mécanique céleste et la
gravitation, écrivit dans son Exposition de Système
de Monde : « Un astre lumineux, de la même densité
que la Terre, et dont le diamètre serait 250 fois plus
grand que le soleil, ne permettrait en vertu de son attraction,
à aucun de ses rayons de parvenir jusqu'à nous.
Il est dès lors possible que les plus grands corps lumineux
de l’univers puissent, par cette cause, être invisibles
».
Il présentera sa thèse devant l’auditoire
de l’Académie des Sciences mais ceux-ci resteront
sceptiques sur les chances d’existence d’un tel objet.
Ainsi naquit le concept du trou noir mais la démonstration
mathématique de Laplace semblait fantaisiste aux yeux des
astronomes.
QU’EST-CE QU’UN TROU
NOIR?
Un trou noir est une région de l’espace
d’où rien, ni rayonnement ni matière, ne peut
s’échapper. C’est un objet cosmologique et
un corps noir parfait: il absorbe toute radiation et n’en
émet aucune. Le trou noir n’est issu que des étoiles
les plus massives et est, en quelque sorte, l’ultime cadavre
stellaire, le plus massif et le plus mystérieux.
Les trous noirs se forment pour la plupart lorsqu’une étoile
d’au moins 6 fois la masse solaire éclate en supernova.
Lors de l’explosion, l’étoile perd une quantité
énorme de masse et se transforme en une étoile à
neutron : une boule de matière exclusivement formée
de neutrons et donc extrêmement dense.
COMMENT PEUT-ON OBSERVER, OU MEME
DETECTER, QUELQUE CHOSE QUI EST INVISIBLE?
À ses débuts, la théorie
sur les trous noirs était purement mathématique,
elle apparaissait comme une solution élégante aux
équations de la relativité générale
d’Einstein. Nous n’avions aucun moyen de prouver l’existence
de tels objets surtout parce qu’ils sont noirs, donc impossibles
à « voir » au télescope. Néanmoins,
le modèle se raffina et l’on tenta d’imaginer
l’effet qu’une telle masse pourrait avoir sur son
entourage immédiat. S’il était extrêmement
difficile de regarder directement un trou noir, on allait chercher
des phénomènes astronomiques seulement explicables
avec la présence de celui-ci! En étudiant plus en
profondeur les différents types de trous noirs : Les trous
noirs stellaires faisant partie d’un système binaire
(deux étoiles en orbite l’une autour de l’autre)
et ceux au cœur des galaxies.
Trous noirs stellaires
La grande majorité des trous noirs seraient
d’origines stellaires, c’est-à-dire issues
de l’effondrement gravitationnel d’une vieille étoile.
Lors de la vie courante d’une étoile, appelée
la Séquence Principale, celle-ci doit résister à
sa propre gravité, qui tend à la comprimer en son
centre. Pour ce faire, elle «brûle» de son carburant
stellaire, composé principalement d’hydrogène,
créant ainsi une force dirigée vers l’extérieur
qui résiste à la gravité.
À l’intérieur du cœur règnent
des températures de l’ordre de 15 millions de degrés
Kelvin; l’intense chaleur est suffisante pour amorcer des
réactions de fusion nucléaire, combinant deux atomes
d’hydrogène en un seul atome d’hélium.
Cependant, il vient un moment où le carburant nucléaire
fait défaut. À ce moment, l’étoile
devient une géante rouge; elle consomme l’hydrogène
situé dans ses couches extérieures et gonfle de
façon démesurée.
Après la phase de géante rouge, l’étoile
a trois possibilités, dépendant de sa masse. Le
Soleil, qui est peu massif, se transformera en naine blanche;
cependant, pour une étoile plus massive, la naine blanche
est instable. Au-delà de 1,4 M, où M représente
une masse solaire (la masse du Soleil), la naine blanche ne peut
exister et l’étoile devient une étoile à
neutrons. Or, celle-ci possède également une masse
limite, qui se situe aux alentours de 3,2M. Au-delà de
3,2M, c’est la formation d’un trou noir, qui lui ne
possède aucune masse limite.
Un trou noir accompagné d’une étoile «normale»,
i.e. non comprimée et, de préférence, visible
de la Terre, formant un système binaire, peut être
détecté grâce au mouvement de son partenaire.
En effet, dans un système binaire, les deux astres tournent
l’un autour de l’autre. De la Terre, l’étoile
apparaîtrait tourner autour de rien. Le «rien»
en question est appelé un compagnon invisible, et est habituellement
une étoile effondrée (naine blanche, étoile
à neutrons ou trou noir).
Cependant, les systèmes binaires ne contiennent pas nécessairement
des trous noirs. Pour le déterminer, il faut mesurer la
masse du compagnon obscur. Il peut s’agir d’une étoile
peu lumineuse, ou d’une étoile gravitationnellement
effondrée.
Lorsqu’une étoile s’effondre pour former un
trou noir, il n’y a absolument rien qui puisse arrêter
son effondrement. C’est le triomphe de la gravitation. Toute
la masse de l’étoile est comprimée, en un
instant, jusqu’à un point de densité infinie
et de volume nul: la singularité. C’est, du moins,
ce que prédit la Relativité Générale,
la théorie qui a «enfanté» les trous
noirs. À ce moment, il se produit un phénomène
très intéressant: la lumière émise
par l’étoile est piégée, elle ne peut
sortir du puits gravitationnel ainsi formé.
Le «seuil critique» d’où la lumière
ne peut échapper est l’horizon des événements
qui est délimité par les trajectoires des rayons
lumineux tout juste retenus par le trou noir, aussi bien qu’il
est en quelque sorte la frontière de ce dernier, le «
point de non retour » : il est semblable à une membrane
qui ne laisse passer la matière que vers l’intérieur
et d’où absolument rien ne sort. Un trou noir n’a
pas de surface véritable; l’horizon n’est que
la limite à partir de laquelle la lumière reste
prisonnière du puit gravitationnel. Celui-ci forme une
sphère parfaite, ainsi, le temps disparaît, et l’espace
devient infini. C’est une singularité.
En bref, les trous noirs doivent être considérés
des objets ultra denses dont, par conséquent, la matière
recourbe l'espace-temps.
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La matière
déforme l'espace temps et est la cause de la gravitation
TROUS NOIRS GALACTIQUES
Une théorie veut qu’il y ait des trous noirs gigantesques,
de l’ordre de plusieurs millions de masses solaires, à
l’intérieur de toutes les galaxies. La présence
ou non de matière pour alimenter l’accrétion,
le «moteur gravitationnel», expliquerait pourquoi
le cœur de certaines galaxies demeure inactif. De tels trous
noirs peuvent se former de trois façons différentes.
La première fait référence aux trous noirs
primordiaux, i.e. des trous noirs formés lors des premiers
instants après le Big Bang, introduits par Stephen Hawking.
La seconde dépend de la «tendance naturelle»
des trous noirs à grossir. La troisième n’est
autre que la formation directe d’un «méga-trou
noir» par l’effondrement gravitationnel d’un
amas d’étoiles, i.e. plusieurs étoiles concentrées
dans un petit volume. Ces deux derniers mécanismes requièrent
beaucoup de matière: cette condition n’est respectée
que dans les galaxies, plus précisément dans le
noyau galactique.
Selon le principe vu précédemment où les
trous noirs aspirent irrémédiablement toute la matière
les approchant, on peut se demander si l'univers ne finira pas
par devenir à long terme un trou noir immense. En effet,
on observe au centre même des galaxies des trous noirs géants
qui auraient du se former à l'époque du Big-Bang.
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Deux galaxies
et éventuellement, en leurs centres des trous noirs.
Ces trous noirs sont aujourd'hui colossaux, soit
parfois une masse un milliard de fois supérieure à
celle d'une étoile commune.
Antithèse du trou noir
La relativité générale affirmant
une symétrie dans le temps, on doit trouver à l'inverse
d'un trou noir un objet aussi mystérieux et spectaculaire.
C'est un trou blanc.
Vue artistique
d'un trou blanc
Les trous blancs ou fontaines de vie sont l'antithèse
des trous noirs. En effet, alors que les trous noirs attirent
la matière à tout jamais, les trous blancs en fournissent
ce qui fait qu'il est impossible d'y rentrer, tout du moins, autant
que de sortir d'un trou noir.
Enfin, La plupart des scientifiques croient également en
l’existence de trous noirs gigantesques à l’intérieur
des galaxies. Ils seraient les «moteurs» des galaxies
à noyau actif. Cependant, l’existence de trous noirs
galactiques n’a jamais été prouvée,
pas plus d’ailleurs que l’existence des autres trous
noirs plus petits.
En fait, c’est la singularité que renferme un trou
noir qui suscite beaucoup de débats. Certains scientifiques
ont de la difficulté à croire qu’il pourrait
exister un point de volume nul et de densité infinie.
Cependant, Stephen Hawking a tenté d’appliquer la
mécanique quantique aux trous noirs, notamment ce qui se
passe juste après l’horizon. Il est arrivé
à l’étonnante conclusion que les trous noirs
s’évaporent! Plus leur diamètre est petit,
plus ils rayonnent, jusqu’à finalement exploser,
éliminant de ce fait la singularité. De plus, ce
rayonnement correspond exactement au rayonnement d’un corps
noir. Cependant, la probabilité qu’une telle explosion
se produise au cours de notre vie est minime.
Ainsi, il y a de l’espoir: déjà la mécanique
quantique a réussi à donner aux trous noirs un tout
nouvel aspect. Ce n’est donc qu’avec une future théorie
de gravitation quantique que les trous noirs pourront vraiment
être expliqués, compris et détectés.
Références :
- HAWKING, Stephen. Une brève
histoire du temps : Du BIG Bang aux trous noirs. Paris : Flammarion,
1989
- LUMINET, Jean Pierre. Les trous noirs Paris : Belfond/Sciences,
1992
- HUET, Sylvestre. « Les trous noirs sortent de l’ombre
». Sciences et Avenir, 1994